Cours et devises

La BCEAO interpellée sur la gestion du franc CFA

Des critiques du système monétaire en Afrique de l’Ouest ouvrent un débat non désiré par la BCEAO qui pourrait bien y couper court.

L’indépendance politique des pays d’Afrique de l’Ouest date de 1960 mais est-ce que ces pays sont indépendants en ce qui concerne leur politique monétaire? Le franc CFA était annexé au franc français avant de l’être à l’euro. Il suit donc aujourd’hui les mouvements de l’euro. Si l’euro fluctue par rapport aux autres monnaies internationales, le franc CFA en fera de même. Ces mouvements, indépendants de la volonté des pays d’Afrique de l’Ouest, peuvent influencer leur politique commerciale.

La « servitude volontaire » de la BCEAO face à l’euro

Kako Nubukpo, ministre togolais de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques a, par deux fois, ouvertement critiqué la « servitude volontaire » de la BCEAO face à l’euro. Il a souligné trois points d’importance. D’abord, alors que le seul outil restant à la disposition de la banque centrale est la régulation de l’inflation par des variations du taux directeur, le ministre togolais rappelle la faible inflation et croissance de la région. De plus, à cause d’un système centralisé, le coût de l’emprunt par les états à la banque centrale est lourd. En effet, les établissements de crédit de l’espace UEMOA empruntent aux guichets de la BCEAO à des taux compris entre 2,5% et 3,5% pour ensuite les prêter aux États à des taux d’intérêt avoisinant les 7%.

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Enfin, la zone euro est en crise et l’euro pourrait bien s’effondrer. Cela aurait, pour l’UEMOA, de lourdes conséquences. Donner une indépendance monétaire à cette zone la protégerait des problèmes de la zone euro et lui permettrait de décider elle-même de la valeur de sa monnaie face aux autres. Ainsi, elle offrirait un réel outil stratégique pour appuyer ses politiques commerciales internationales.

La BCEAO a très mal pris ses critiques qu’elle a qualifiés de « propos d’acharnement » plutôt que « d’une contribution intellectuelle » et a demandé un « rappel à l’ordre ». Une lettre écrite par Kossi Tenou, le directeur national de la BCEAO à Lomé, a été adressée au gouverneur de la banque centrale de l’UEMOA, Tiemoko Meyliet Koné et a été réexpédiée au président du Togo, Faure Gnassingbé pour éviter que de tels propos contestataires soient répétés en publique.

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Déterminer indépendamment de sa politique monétaire

À la suite des déclarations de M. Kako Nubukpo, quatre économistes africains ont écrit une lettre ouverte à la BCEAO appuyant les propos et le courage du ministre togolais. Ils vont même plus loin et ne voient pas pourquoi, dans une politique de développement, les pays d’Afrique n’auraient pas le droit de déterminer eux-mêmes, et indépendamment, de leur politique monétaire. Pour eux, la Chine, la Russie, Les États-Unis, et autres, « par l’intermédiaire de leur banque centrale et de leurs ressources intellectuelles mobilisées, sont tous investis dans une gestion stratégique extrêmement fine et réactive de leur monnaie ».

Le débat est ouvert et pourrait`bien remuer la scène politique et sociale en Afrique. Quand la BCEAO semble rejeter le tout en bloc, des économistes se mobilisent et des manifestations sont stoppées par les forces de l’ordre. Vu les acteurs et les enjeux, un développement très intéressant est à suivre.

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