Mines et fossiles

ArcelorMittal stoppe ses investissements en Afrique

Après une décennie d’investissements massifs dans les gisements de fer libériens, le groupe sidérurgique indien ArcelorMittal, face à l’effondrement des cours des minerais en 2015, a pris la décision de geler ses investissements dans le pays et de mettre un coup d’arrêt à ses projets en Guinée.

La vie économique n’est pas un long fleuve tranquille… Alors que dans les années 2000, le développement de l’Inde et de la Chine semblait garantir aux cours des minerais – et notamment à ceux du fer et du charbon – une croissance régulière et assurée à long terme, voila que ceux-ci s’effondrent et provoquent un net ralentissement des investissements miniers de ces deux pays en Afrique, au moment même où celle-ci avait grand besoin d’un tel soutien économique afin d’aboutir enfin à un développement sain et durable. L’exemple du recul tout récent d’ArcelorMittal au Liberia et en Guinée en est la parfaite illustration.

Le sous-sol africain pour nourrir la croissance asiatique

ArcelorMittal

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Dès 2004 et la fin de la guerre civile au Liberia, la célèbre famille indienne Mittal avait choisi de s’y implanter massivement et durablement, réactivant le gisement de fer de Yekepa dans le nord du pays, alors à l’abandon depuis une dizaine d’années. L’investissement était à la mesure de l’enjeu : après 7 ans de travaux et d’exploitation, incluant la remise en état des installations portuaires et ferroviaires, le site générait près de 8% de la production de fer du groupe.

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Le géant indien comptait bien continuer sur sa lancée, puisqu’il avait prévu d’investir 1,9 milliards de dollars supplémentaires dans les gisements libériens ainsi que dans la création d’une véritable industrie de transformation des matières premières sur place. La Guinée et son sous-sol étaient eux-aussi dans le collimateur d’ArcelorMittal : un accord pour le rachat du gisement d’Euronimba et de ses 935 millions de tonnes de fer en réserve avait été trouvé en aout 2014, pour une valeur d’environ 500 millions de dollars.

Le géant trébuche et refuse l’obstacle

Depuis, la donne a changé. Le cours du fer acheté par la Chine a baissé de plus de 40% et celui du charbon de plus de 20%, alors que dans le même temps la production mondiale croissait toujours. Cela a entraîné un effondrement de la rentabilité de la branche sidérurgique africaine d’ArcelorMittal, puisque ses marges se sont vues rognées de près de 75% entre début 2014 et début 2015, tandis que le groupe lui-même perdait 1,1 milliards de dollars. Résultat : le développement des gisements libériens est aujourd’hui gelé, et la famille Mittal est soulagée d’avoir trouvé in extremis une porte de sortie à l’accord de rachat de la mine guinéenne. C’est au contraire vers les productions canadienne et européenne que le groupe indien se tourne désormais, où il sera en mesure de rebâtir sa marge par le biais d’industries de transformation plus compétitives et génératrices de valeur ajoutée.

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Le formidable sous-sol africain, dont l’importance est à juste titre constamment évoquée dans le redressement du continent, ne saurait donc à lui seul garantir une prospérité durable et fiable. Comme n’importe quelle activité du secteur primaire, son efficacité est soumise à l’évolution des cours internationaux, et seule l’accession à une vraie industrie de transformation des matières premières pourra permettre à l’Afrique de maîtriser son développement de façon indépendante.

Photo + source : libertasoccidentalis.org et kababachir.com

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