Transports

Uber boudé par les Africains ?

La compagnie californienne Uber est présente sur les cinq continents. Malgré la bonne santé économique de l’Afrique, l’implantation d’Uber y est très timide. Entre rivalités avec les taxis et manque d’adaptation au marché africain, son succès est bien mitigé.

Tout le monde connaît Uber, cette application qui permet de mettre en relation des chauffeurs de véhicules privés, les fameux VTC, avec des piétons en quête d’un transport flexible et accessible. L’arrivée en Europe de cette firme californienne n’a pas toujours été vue d’un bon œil. Attaquant frontalement le secteur ultra-corporatiste des taxis, les chauffeurs Uber se sont retrouvés confrontés (parfois dans la violence) à la réticence d’une profession tombée des nues, qui se croyait préservée de toute concurrence.

Uber ne s’est pas seulement heurté aux taxis parisiens. Présente dans 51 pays dans le monde, l’entreprise tente également de se faire une place sur le continent africain dont l’optimisme économique attire de plus en plus de firmes. Mais Uber ne semble pas s’être préparé au mieux pour s’attaquer à ces marchés émergeants.

Uber s’implante timidement en Afrique

La percée d’Uber en Afrique n’en est pas encore au même stade que sur les continents asiatique, européen ou qu’en Amérique du Nord.

Sur 253 villes couvertes par ce service dans le monde, seules onze se situent sur le continent africain: Abuja et Lagos au Nigéria, Alexandrie et Le Caire en Egypte, Casablanca au Maroc, Port Elizabeth, Le Cap, Durban et Johannesburg en Afrique du Sud, Mombasa et Nairobi au Kenya. Au total, ce ne sont que cinq des cinquante-cinq pays africains qui ont vu Uber arriver sur leur territoire. Il faut dire qu’Uber a quelques défis à relever s’il veut s’implanter efficacement en Afrique.

Uber fait face à la concurrence locale

uber afrique continent noir 3L’une des raisons de la lenteur de la progression d’Uber en Afrique est la concurrence d’autres plateformes qui étaient déjà installées avant l’arrivée de l’américaine. L’entreprise Easy Taxi par exemple est déjà fermement implantée en Egypte, au Nigéria, au Kenya et au Ghana. Au Kenya, Maramoja fait également concurrence à Uber. Ces applications ont réussi à s’adapter au marché local et à intégrer les chauffeurs de taxi traditionnels dans leur business model, évitant ainsi une concurrence trop frontale.

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A Abidjan, ce ne sont pas moins de quatre sociétés de VTC, Izicab, Africab, Taxijet et Drive qui sont venues concurrencer les taxis à bout de souffle, et ce avec la bénédiction des autorités qui y voient un moyen de soigner l’image de la ville.

Les taxis africains face à Uber

En Afrique aussi Uber a dû faire face à la grogne des chauffeurs de taxi, parfois de manière violente. Au Kenya par exemple, pays dans lequel Uber est arrivé en janvier 2015, de nombreux actes de vandalisme et agressions envers les chauffeurs de VTC sont attribués à des chauffeurs de taxi de la capitale. Intimidations et menaces sont le lot quotidien des chauffeurs de VTC dont la police kenyane reçoit de plus en plus de plaintes.

A Casablanca aussi Uber a été accueilli par de vives manifestations de chauffeurs de taxi. Plus de 10.000 chauffeurs se seraient mobilisés. Les activités d’Uber ont finalement été jugées illégales au Maroc.

Un marché africain difficile à pénétrer

Sur certains points comme les méthodes de paiement, Uber est considéré par de nombreux africains comme étant moins pratique que ses concurrents. En effet, si beaucoup de pays occidentaux ont tendance à vouloir tout payer par carte de crédit et n’ont aucun problème à pré-enregistrer les numéros de leur carte sur un site Internet, beaucoup d’Africains privilégient le paiement mobile ou le « bon vieux cash ».

Au Kenya, le problème de la sécurité est crucial. Maramoja par exemple s’est tout particulièrement penchée sur la question de la confiance attribuée aux chauffeurs. Grâce à cette application, les utilisateurs kényans peuvent voir en priorité les chauffeurs recommandés par leur réseau (les personnes enregistrées dans leurs contacts ou leurs amis sur les réseaux sociaux).

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Uber répond à une problématique des économies occidentales

uber afrique continent noir 2Si Uber n’est pas encore parvenu à pénétrer le marché africain, c’est peut-être parce qu’il n’a pas su s’adapter à la culture africaine, aux usages qu’elle fait de ses transports et à ses besoins. Les pays européens qui souffraient d’un manque d’offre de taxis et surtout de prix prohibitifs (liés en partie aux charges et au prix des licences) écartent une grande partie de leur population de l’accès à ce genre de services. L’Afrique en revanche connaît une offre bien plus importante et plus populaire. Dès lors Uber n’apporte pas toujours de solution novatrice pour le peuple africain.

L’Afrique est globalement en pleine croissance contrairement à l’Europe. Si les pays occidentaux sont si attractifs pour Uber, c’est surtout en raison de la crise économique qu’ils traversent. En contournant les règles traditionnelles qui verrouillent le secteur du transport de passagers, Uber non seulement permet de rendre accessible à tous ce service, mais il est surtout une formidable opportunité pour les personnes touchées par la crise de trouver une activité rémunératrice, parfois en complément d’un revenu qui serait inaccessible par les voies traditionnelles, à savoir convaincre sa banque afin d’obtenir un prêt pour racheter un « droit à travailler ».

Dans la plupart des pays africains la problématique est tout autre. Dans des pays aux grandes inégalités de pouvoir d’achat, Uber vise souvent les classes aisées et les classes moyennes supérieures, pour qui l’accès au taxi ne posait pas de problème majeur.

Photos :   htxt.co.za et jeuneafrique.com

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